
Un jour, un Français, un Suisse et un Belge se retrouvèrent dans un café. Jusque-là, rien d’inhabituel. Ce qui était inhabituel, c’est que le Belge arriva à l’heure.— Ah tiens, dit le Français, surpris. Un Belge ponctuel ?— Oui, répondit le Belge. Je suis arrivé en avance, mais comme j’hésitais, j’ai attendu pour être sûr.Le serveur arriva.— Qu’est-ce que vous prenez ?— Un café serré, dit le Français.— Une eau plate, dit le Suisse.— Des frites, dit le Belge.— Pour boire ? demanda le serveur.— Non, pour réfléchir.Car le Belge ne prend jamais de décision importante sans frites. C’est une règle non écrite, mais gravée dans le cœur.La discussion commença sur les clichés.— On dit que les Belges sont lents, lança le Français.Le Belge réfléchit longuement. Très longuement.— Oui… mais pas toujours, répondit-il enfin.Le Suisse hocha la tête, impressionné par la précision.— Et qu’ils ne comprennent pas toujours tout, continua le Français.— Si, si, répondit le Belge. Mais parfois, on préfère vérifier deux ou trois fois. Ou dix.Pour prouver leur intelligence, le Français proposa un test :— Pourquoi les Belges mettent-ils une bouteille vide dans le frigo ?Le Belge regarda la table, le plafond, puis ses frites.— Pour les invités qui n’ont pas soif.Silence.— C’est logique, conclut le Suisse.Encouragé, le Français continua :— Pourquoi les Belges frappent-ils leur ordinateur ?— Pour qu’il travaille, répondit le Belge sans hésiter cette fois.— Ah, tu vois !— Et ça marche. Pas l’ordinateur, mais ça soulage.À ce moment-là, le serveur revint.— Désolé, on a oublié vos sauces.Le Belge blêmit.— Sans sauces, ce ne sont pas des frites… ce sont des bâtons tristes.On apporta mayonnaise, andalouse, samouraï, et deux sauces dont personne ne connaissait l’origine. L’équilibre du monde fut rétabli.Le Suisse demanda alors :— Pourquoi les Belges sont-ils toujours de bonne humeur ?Le Belge sourit.— Parce qu’on sait rire de nous-mêmes.— Et aussi, ajouta-t-il, parce qu’on a de la bière.Le Français tenta une dernière blague :— Pourquoi les Belges mettent-ils leur montre au micro-ondes ?Le Belge réfléchit.Longtemps.Très longtemps.— Pour avoir l’heure chaude ?Le Français éclata de rire. Le Suisse applaudit poliment.Puis le Belge ajouta :— Mais attention… si elle fond, c’est que c’était pas une bonne idée.En partant, le Français dit :— Finalement, vous êtes sympas, les Belges.Le Belge répondit calmement :— On le sait. On ne se presse juste pas pour vous le prouver.Il paya l’addition. Exacte.Laissa un pourboire.Et repartit tranquillement… dans la bonne direction.Presque.