Emmanuel Macron et le bouton “Réforme”

Un matin, à l’Élysée, Emmanuel Macron se réveilla avec une idée brillante. Une de celles qui arrivent juste après le café, quand on se sent capable de réformer l’univers entier avant 10h.— Je vais faire une réforme, annonça-t-il à la pièce vide.La pièce, habituée, ne répondit pas.Il enfila son costume, parfaitement repassé par la République, et se dirigea vers son bureau. Sur son immense table l’attendait un mystérieux bouton rouge, apparu on ne sait comment pendant la nuit. Dessus, une simple étiquette :« RÉFORME »Intrigué, le président appuya.Immédiatement, un conseiller surgit en courant.— Monsieur le Président ! Les Français sont inquiets !— Déjà ?— Oui, mais on ne sait pas encore pourquoi.Encouragé, Emmanuel Macron appuya une deuxième fois.Un autre conseiller entra.— Monsieur, les syndicats sont dans la rue.— Encore ?— Oui, mais cette fois, ils ne savent pas contre quoi.Le président sourit. Tout fonctionnait parfaitement.À chaque pression sur le bouton, une nouvelle conséquence apparaissait :Une conférence de presse sans réponses clairesUn graphique incompréhensibleUn mot nouveau comme “réarmement civique”, “sobriété dynamique” ou “flexibilité responsable”À midi, le bouton avait été pressé douze fois. Le pays était officiellement en réforme permanente.— C’est formidable, dit le président. On avance.Dans la cour de l’Élysée, un journaliste osa demander :— Monsieur le Président, pouvez-vous expliquer cette réforme ?Macron répondit avec assurance :— Elle est nécessaire.— Mais nécessaire à quoi ?— À l’avenir.— Et quand verra-t-on les résultats ?— Plus tard.Le journaliste nota. Comme toujours.Dans l’après-midi, une manifestation apparut spontanément. Personne ne savait exactement pourquoi elle existait, mais tout le monde était d’accord pour dire que « ça suffit ». Les pancartes disaient des choses très précises comme “NON”, “ON EN A MARRE” et “MACRON DÉMISSION”, ce qui, selon les experts, prouvait une grande cohérence idéologique.À l’Élysée, on alluma la télévision.— Les Français sont fatigués, dit un analyste.— Mais ils ne savent pas de quoi, répondit un autre.— C’est normal, conclut un troisième. C’est une réforme.Le président, serein, appuya encore une fois sur le bouton.Cette fois-ci, rien ne se passa.Panique.— Monsieur le Président ! cria un conseiller. Le bouton ne marche plus !— Impossible…— Les Français sont déjà fatigués, les syndicats déjà en colère, et les débats déjà confus. On a atteint le maximum.Emmanuel Macron se leva lentement. Il regarda par la fenêtre, contempla la France, réfléchit longuement, puis déclara :— Très bien. Dans ce cas… on va faire une concertation.Un silence sacré envahit la pièce.Le lendemain, on annonça une grande concertation nationale pour expliquer une réforme mise en pause, afin de préparer une future réforme, basée sur une réflexion issue de la concertation précédente.Les Français soupirèrent.Les journalistes préparèrent leurs titres.Les syndicats réchauffèrent les mégaphones.Et quelque part, dans un tiroir de l’Élysée, le bouton rouge clignota doucement, prêt pour la prochaine idée brillante.

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