Donald Trump et le mur invisible

Un matin très sérieux à la Maison-Blanche (ou du moins aussi sérieux que possible), Donald Trump se regarda dans le miroir et hocha la tête avec satisfaction.— Tremendous, dit-il à son reflet. Absolutely tremendous.Il venait d’avoir une idée historique. Une idée gigantesque. Une idée que personne n’avait eue auparavant, surtout parce qu’elle n’avait aucun sens.Il convoqua immédiatement ses conseillers.— Listen, commença-t-il. People love walls. I love walls. We’re going to build the greatest wall ever.— Monsieur le Président, osa un conseiller, il y a déjà un mur prévu…— Wrong, répondit Trump. This one will be invisible.Silence dans la pièce.— Invisible ?— Yes. Totally invisible. The best kind of invisible. Nobody’s ever done it before.Les conseillers se regardèrent. Certains prirent des notes. D’autres cherchèrent déjà comment expliquer ça à la presse.Le lendemain, Donald Trump annonça officiellement le projet sur Twitter (en lettres capitales, évidemment) :« WE ARE BUILDING AN INVISIBLE WALL. MEXICO LOVES IT. FAKE NEWS HATES IT. »La planète entière cligna des yeux.Les journalistes demandèrent :— Monsieur le Président, où sera ce mur invisible ?— Everywhere, répondit-il. And especially where it needs to be.— Et comment fonctionne-t-il ?— Very strongly.Les experts furent invités sur les plateaux télé.— C’est une métaphore, dit l’un.— C’est une stratégie de communication, dit l’autre.— C’est juste n’importe quoi, conclut un troisième.Mais Donald Trump était confiant. Lors d’une conférence de presse, il expliqua :— People keep saying they can’t see the wall. That’s how you know it works.À la frontière, des agents furent chargés de surveiller le mur invisible. Ils regardaient dans le vide, très concentrés.— Vous voyez quelque chose ?— Non.— Alors il est là.Pendant ce temps, Trump annonça que le mur était déjà terminé.— Built in record time. Faster than anyone. Obama could never.Quelqu’un osa demander :— Combien a-t-il coûté ?— Nothing, répondit-il. But also a lot. But worth it.Les marchés réagirent sans savoir comment. Les caricaturistes eurent une semaine exceptionnelle.Un jour, Trump déclara fièrement :— Since the wall, illegal immigration is down 300%.— Mais… tenta un journaliste, 300%, c’est impossible.— Only if you don’t understand numbers, répondit-il avec assurance.À l’ONU, il présenta le mur invisible aux dirigeants du monde. Il pointa l’air du doigt pendant cinq minutes. Certains applaudirent par politesse. D’autres par peur. Un traducteur abandonna en plein discours.Finalement, un enfant demanda lors d’une visite officielle :— Monsieur le Président, pourquoi on ne voit pas le mur ?Trump se pencha, sourit, et répondit :— Because you have to believe in it.Ce jour-là, le mur invisible devint aussi réel que les promesses, les tweets supprimés et les conférences de presse sans réponses.Et quelque part, entre deux déclarations contradictoires, Donald Trump sourit à nouveau devant son miroir :— Best wall ever.Même s’il n’existait pas.

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