Médicament le plus utilisé en France, le paracétamol peut, en cas de surdosage discret, mener jusqu’à la greffe de foie. Comment doser juste sans se mettre en danger ?
Dans de nombreux foyers, la boîte de Doliprane, d’Efferalgan ou de Dafalgan trône à portée de main, pour un mal de tête, une poussée de fièvre ou une douleur de règles. Ce même comprimé, recommandé y compris chez la femme enceinte, est pourtant à l’origine de la première cause de greffe de foie liée à un médicament en cas de surdosage de paracétamol. Un remède du quotidien qui peut devenir toxique.
Les autorités sanitaires le répètent depuis des années : ce médicament reste une référence, malgré des rumeurs récurrentes sur son innocuité. Mais tout tourne autour d’un équilibre fragile entre soulagement et excès. Avec le paracétamol, tout se joue vraiment sur la quantité.
Paracétamol : un allié sûr, même pendant la grossesse
Plus de 70 ans après sa commercialisation, ses mécanismes d’action précis contre la douleur et la fièvre ne sont pas totalement élucidés. Cela n’empêche pas Pr Sébastien Faure d’insister : « Malgré cela, on sait que c’est un médicament efficace, très bien toléré, dont on pourrait difficilement se passer aujourd’hui », précise Pr Sébastien Faure, professeur de pharmacologie à la faculté de pharmacie de l’université d’Angers, interrogé par Femme Actuelle.
Chez la femme enceinte, les grandes études n’ont pas mis en évidence de toxicité pour le fœtus quand les doses recommandées sont respectées. Le paracétamol reste donc le traitement de première intention pour douleur et fièvre. « Les risques avec le paracétamol sont limités, contrairement à l’aspirine ou aux anti-inflammatoires tels que l’ibuprofène qui peuvent provoquer des complications, notamment après la 20e semaine de grossesse. Ils sont à éviter car ils peuvent gêner le développement du cœur ou des reins. » Les recommandations sont claires : dose la plus faible possible, sur la durée la plus courte.
Surdosage de paracétamol : quand la dose fait le poison
Le principal danger vient du foie. L’intoxication au paracétamol représente en France la première cause de greffe hépatique d’origine médicamenteuse. « C’est la dose qui fait le poison », rappelle le Pr Sébastien Faure. Chez l’adulte de plus de 50 kg, il est conseillé de ne pas dépasser 1 g par prise, en respectant un intervalle d’au moins 4 à 6 heures, et 3 g par jour en automédication (jusqu’à 4 g par jour sur avis médical). Chez l’enfant, la posologie de référence tourne autour de 60 mg/kg/jour, répartis en plusieurs prises.
Le piège, c’est que les premiers signes d’un surdosage de paracétamol sont parfois discrets, voire absents, alors que le foie commence déjà à souffrir. Certains profils y sont plus exposés : alcoolisme chronique, foie fragile, dénutrition, déshydratation. « Face au paracétamol, le foie active un processus de détoxification, décrypte le pharmacologue. Mais une prise d’alcool concomitante entre en compétition avec ce processus. Le foie ne peut plus faire son travail de dégradation des substances toxiques liées au métabolisme du paracétamol ». En cas de prise excessive ou de doute, les autorités recommandent d’appeler sans délai un centre antipoison ou le 15, même en l’absence de symptômes.
Cumul de médicaments et AINS : les erreurs qui font tout basculer
Le risque le plus courant vient du cumul de plusieurs spécialités contenant déjà du paracétamol : comprimés simples, antirhumes, sachets pour états grippaux, associations avec antihistaminiques comme le Fervex. « C’est un risque majeur de surdosage », prévient le pharmacologue. Certains traitements anti-rhume renferment jusqu’à 500 mg par dose, ce qui peut faire franchir la limite quotidienne sans s’en rendre compte, surtout pendant les épidémies hivernales.
Autre écueil : remplacer le paracétamol par des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) type ibuprofène ou kétoprofène lors d’angine, otite, bronchite ou grippe. « En cas de fièvre ou de douleurs liées à une infection hivernale (angine, bronchite, otite…), les anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène ou le kétoprofène peuvent masquer les symptômes d’une infection bactérienne (streptocoque, pneumocoque) et retarder un traitement adapté », explique l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), citée par Sud Ouest. « Le paracétamol est toujours à privilégier en première intention », conseille l’ANSM, qui rappelle qu’ »Entre le 1er janvier 2019 et le 30 juin 2023, 162 cas graves ont été déclarés en France avec l’ibuprofène, et 54 avec le kétoprofène ». Pour une prise en toute sécurité, les médecins recommandent de rester sous 1 g par prise, respecter 4 à 6 heures entre deux prises, ne pas dépasser 3 g par jour en automédication (4 g sur prescription), et consulter si la fièvre dure plus de 3 jours ou la douleur plus de 5 jours.
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