Le président de la République a confirmé l’envoi de soldats au Groenland et défend la hausse du budget des armées.
Deux imposants avions de transport et de ravitaillement MRTT posent le décor, sur la piste de la base aérienne 125 d’Istres. Ces Airbus A330 incarnent la force de l’armée de l’air. Ils donnent aux chasseurs l’allonge nécessaire pour des raids lointains. Ils assurent une part de la crédibilité de la dissuasion nucléaire. Ils permettent des déploiements rapides de force. Ils peuvent aussi se transformer en hôpital volant dans leur configuration «Morphée», qui a été présentée jeudi par le chef de l’État Emmanuel Macron, après son discours de vœux aux armées. Dans l’après-midi, le président de la République, qui est aussi chef des armées, devait rejoindre Paris à bord d’un de ces appareils, piloté par l’astronaute Thomas Pesquet.
Pour Emmanuel Macron, la base d’Istres constitue aussi un symbole du réarmement français. C’est là qu’en 2018 il annonçait l’objectif de porter à 2% du PIB l’effort de défense en 2025. « Huit ans plus tard nous l’avons fait », s’est-il félicité. « Ici chacun peut voir les résultats concrets : 15 Airbus MRTT, des infrastructures, un simulateur… », a-t-il cité en exemple. « L’accélération des périls commande d’accélérer le réarmement de la France », a-t-il poursuivi en reprenant la phrase qu’il répète désormais sans cesse : « Pour rester libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant ». « Cela suppose de consentir à des efforts à la hauteur de notre rude époque », a-t-il prévenu. Entre 2026 et 2030, l’actualisation de la loi de programmation militaire prévoit un effort de 36 milliards d’euros, a-t-il souligné, dont 3,5 milliards supplémentaires dès 2026 dans le cadre des « surmarches » qu’il avait annoncées l’été dernier. Le chef de l’État, à un an de la fin de son mandat présidentiel et alors que la France est toujours sans budget, n’a pas donné de détails sur la façon de financer cet effort.
Fixer des priorités
Il a cependant fixé des priorités « pour faire face à un engagement majeur dans trois ou quatre ans ». Comme l’a déjà dit le chef d’état-major des armées, le général Mandon, les armées se préparent à un « choc » avec la Russie sur le flanc est de l’Europe. « Il faut renforcer nos stocks de munitions de tout type et renforcer en quantité et qualité la préparation de nos armées », assuré Emmanuel Macron. Le chef de l’État a aussi évoqué le projet d’alerte avancée Jewels et l’urgence de renforcer les capacités spatiales de la France. Il a aussi insisté sur la capacité de frappe dans la très grande profondeur, c’est-à-dire la capacité de tirs de missiles balistiques. Le tir par la Russie d’un missile à portée intermédiaire Orechnik en Ukraine à quelques kilomètres de la frontière de l’Europe, même si le bilan de la frappe est encore à mener, a sonné comme une alerte. « Nous sommes à portée de ces tirs de la Russie », a prévenu le président. « Nous devons nous doter de ces armes », a-t-il insisté en évoquant le projet européen ELSA lancé il y a maintenant trois ans…
« Tous les efforts évoqués concourent à nous rendre prêts à la hauteur des périls », a résumé Emmanuel Macron en choisissant soigneusement ses mots. Il évoque le contexte international en pointant du doigt la Russie comme puissance de déstabilisation mais sans s’appesantir nommément sur les États-Unis. Il a seulement évoqué « un discours qui sème le doute, un nouveau colonialisme ». En réclamant le contrôle du Groenland, le président américain Donald Trump a pourtant placé les Européens et l’OTAN dans une situation explosive. Emmanuel Macron a confirmé qu’une première équipe de militaires français se trouvait sur le territoire autonome appartenant au Danemark pour participer à l’exercice danois Arctic Endurance. Ce premier déploiement sera renforcé dans les prochains jours par des moyens terrestres, maritimes et aériens. Il n’a pas donné de précision par souci de discrétion et pour ne pas souffler sur les braises. Il ne s’agira quoi qu’il en soit que de quelques dizaines de soldats. Les capitales européennes espèrent que le signal sera suffisant pour faire revenir Donald Trump à la raison. «Les Européens doivent être là sans escalade mais intraitable sur le respect de la souveraineté», a-t-il résumé.
Alors qu’il prononçait son avant-dernier discours de vœux, Emmanuel Macron est longuement revenu sur le concept d’autonomie stratégique qu’il a défendu en précurseur. Une façon de dire à ses détracteurs que sur ce point il avait eu raison avant les autres. « Nous sommes une puissance crédible, fiable et lisible. C’est une qualité rare dans le monde qui est le nôtre », a-t-il insisté en reconnaissant qu’il restait encore du chemin à faire. Pour Emmanuel Macron, la France doit être une puissance «de stabilité». « Nous devons aller au bout de ce travail. Nous devons accélérer cette obsession (de l’autonomie stratégique) et convaincre les Européens », a-t-il lancé. Il lui reste un an avant l’heure du bilan.
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