C’est quoi cette « règle des 5C » pour savoir si on a une addiction à l’alcool ?

avec modération – Un psychiatre et addictologue a inventé un moyen mnémotechnique pour identifier une addiction

« Sans alcool, la fête est plus folle », disait un slogan marketing plus tout jeune. Pourtant, les fêtes de fin d’année sont souvent l’occasion d’excès en tous genres, notamment en ce qui concerne la boisson. Parmi les marronniers de Noël et du jour de l’An, entre les cadeaux, les sapins et les cotillons se placent souvent le champagne, le vin chaud et le « tonton bourré ».

L’occasion rêvée pour beaucoup de placer le sujet de la consommation d’alcool dans les discussions et certains pourraient se voir accusés d’abuser voire, dans un débat un peu échauffé, de se faire traiter « d’alcoolique ». Une accusation rarement lancée au hasard et qui peut amener à se remettre en question. Mais comment savoir si on est vraiment alcoolique ? Un addictologue a trouvé une méthode pour y répondre.

Contrôle, Compulsif, Craving, Continu, et Conséquences
Laurent Karila, psychiatre addictologue et président du comité scientifique de l’association SOS Addictions a inventé il y a quelques années la règle des 5C. Un moyen mnémotechnique pour identifier une addiction composée de cinq éléments : Contrôle, Compulsif, Craving, Continu, et Conséquences.

Sur TikTok, il explique simplement : « Le premier C est « je perds le contrôle de mon comportement ». Le deuxième, l’usage compulsif, revient à ne pas pouvoir s’empêcher de le faire. Le troisième C, Craving, c’est l’envie irrésistible de consommer. Le quatrième, c’est un usage régulier et chronique, et le dernier, ce sont les conséquences que cette consommation a sur ma vie. » Des conséquences que l’addictologue détaille être sur la santé physique (foie, cœur, cerveau, organes digestifs, etc.) comme sur la santé psychique : troubles du sommeil, dépression, troubles anxieux.

« Si j’ai ces cinq critères sur une période de douze mois, cela veut dire que je suis addict », précise Laurent Karila qui fait la différence entre une maladie chronique qu’est l’addiction et un usage excessif, qui n’est lui non plus, pas sans conséquences.

« Des circuits désynchronisés »
L’addiction commence souvent par une incapacité à s’abstenir de consommer suivie de symptôme de manque et un phénomène de tolérance qui pousse à une consommation plus forte « pour retrouver les effets de la première fois », jusqu’à atteindre le « Craving ».

Dans The Conversation en 2021, il expliquait ces processus : « En temps normal, lorsque l’on consomme une substance ou lorsque l’on s’adonne à un comportement qui nous procure du plaisir, quatre circuits cérébraux s’activent : le circuit archaïque de la récompense, le circuit de la mémoire et de l’apprentissage, le circuit de la motivation (attention, il s’agit bien du circuit de la motivation, pas de la volonté) et le circuit du contrôle, qui est impliqué dans le fait d’être capable de répondre de manière adaptée à des situations sociales adaptées ou inadaptées (la réaction extrême étant l’impulsivité). »

Problème, dans le cas des addictions, « ces circuits sont désynchronisés, c’est-à-dire que les circuits de récompense et de mémoire-apprentissage vont fonctionner de leur côté, isolément, tandis que le circuit de la motivation et celui du contrôle vont faire de même. L’addiction est la traduction clinique de cette désynchronisation de la circuiterie cérébrale ; elle correspond à une recherche enregistrée et apprise de récompense immédiate, accompagnée d’une perte de motivation et de contrôle ». Et cela en dépit des risques dont l’individu a néanmoins conscience.

Psychologie, environnement et génétique
Contrairement aux idées répandues qui veulent que certains produits, et donc certains alcools, favorisaient l’addiction, la maladie est, selon le psychiatre, la résultante d’une équation complexe composée de plusieurs facteurs comme le développement personnel, notamment au moment de la puberté, la maturité cérébrale, des caractéristiques neurobiologiques, mais aussi psychologiques comme l’amour du danger.

Laurent Karila met également en avant l’importance de l’environnement comme des amis qui consomment, des parents qui tolèrent ou la disponibilité du produit comme facteurs. Le tout est amplifié par la précocité des premières consommations. Selon lui, la génétique peut également jouer un rôle dans 40 à 70 % des cas, « mais elle n’explique pas tout à elle seule » comme il le disait sur RMC le mois dernier.

Pas plus de quatre verres lors d’un moment festif
Si Santé publique France recommande de ne pas boire plus de deux verres par jour, pas tous les jours avec deux jours sans consommer entre chaque ingurgitation, Laurent Karila conseille « pour un moment festif », de ne pas boire plus de quatre verres et recommande de boire très doucement, notamment en posant son verre et en alternant avec de l’eau, des softs et en mangeant.

Pour rappel, les professionnels de santé rappellent que l’alcool est nocif dès la première goutte et qu’aucun alcool ne comporte de bienfaits spécifiques pour la santé.

La meilleure solution pour la santé reste de boire sans alcool, une pratique de plus en plus tendance en France puisque la consommation d’alcool par les Français a été divisée par deux entre 1970 et 2023 et que 36 % des Français ont réduit leur consommation d’alcool en 2025 (10 % ont totalement arrêté) et 39 % veulent le faire en 2026 selon une enquête CSA pour l’observatoire Chavin.

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Crédit photo : Capture d’écran

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