Le document, qui entérinait un nouveau serrage de vis, avait été délivré par François Bayrou à l’été dernier.
Matignon jette l’éponge. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a expliqué mardi, dans un courrier adressé aux partenaires sociaux, retirer la lettre de cadrage concernant une future réforme de l’assurance-chômage.
Je vous confirme procéder au retrait du document de cadrage du 8 août 2025″, écrit Matignon dans le courrier, consulté par BFM Business.
Malgré la censure du gouvernement Bayrou, un flou persistait autour de ce document de cadrage, dont les partenaires sociaux doivent théoriquement partir pour mener leurs négociations.
L’été dernier, François Bayrou souhaitait mener une réforme permettant de réaliser 2 à 2,5 milliards d’euros d’économies par an en moyenne, entre 2026 et 2029, puis « a minima 4 milliards d’euros d’économies en régime de croisière à partir de 2030 ».
Son projet reposait sur la « modification de la durée minimale d’emploi » (6 mois au lieu de 4), ainsi que de « la durée maximale d’indemnisation ». Le retour d’une idée déjà poussée par Gabriel Attal lorsqu’il était à Matignon: l’actuel président de Renaissance souhaitait réhausser la durée minimale de 6 à 8 mois, sur les 20 derniers mois au lieu de 24 aujourd’hui. Il avait déjà rétropédaler, stoppé par les élections législatives.
Lecornu donne surtout un sursis
La CFDT contestait la légalité de cette lettre de cadrage, et avait mené une requête en ce sens auprès du Conseil d’Etat, lequel avait rejeté la demande. Le syndicat expliquait à l’automne que le gouvernement souhaitait remettre en marche une réforme bien trop vite, et ce malgré la conclusion d’un accord, fin novembre 2024, entre les organisations patronales et syndicales. Cet accord, moins dur avec les demandeurs d’emploi, ne contentait pas Matignon.
Sébastien Lecornu lève donc l’incertitude autour du texte en le retirant, et en renonçant donc à pousser une réforme exhaustive. Ce qui ne l’empêche pas d’exiger des avancées de la part des partenaires sociaux.
« Au regard du contexte des finances publiques et de la situation de l’emploi, si je fais le pari de la réussite de votre négociation, le gouvernement prendrait immédiatement ses responsabilités si elle ne devait pas aboutir le 25 février, en vue d’une réforme de l’assurance chômage », écrit-il.
La missive du Premier ministre apparaît donc comme un sursis donné. Il prend note des discussions en cours et de la possibilité qu’elles aboutissent à un accord syndical le 25 février. Sans accord à cette date, il reprendra la main.
Il entérine par ailleurs de son côté deux dispositions: la réduction pour les primo-demandeurs de la durée minimale de travail, de 6 à 5 mois, comme tranché à l’automne par les syndicats; l’ajustement du calcul du bonus-malus appliqué aux entreprises ayant recours à des contrats courts.
400 millions à 1 milliard d’économies
Pour autant, les syndicats doivent donc toujours tomber d’accord sur leur propre mouture d’une réforme de l’assurance-chômage. L’exécutif attendrait 400 millions d’économies, et le Medef, 1 milliard. Le principal syndicat patronal avait d’ailleurs décidé de boycotter le début des négociations, en décembre.
Parmi les chantiers, figurent notamment les ruptures conventionnelles. Il s’agit du premier poste d’indemnisation à l’heure actuelle: 10 milliards d’euros sur 37 milliards versés en 2024. Syndicats comme patronat sont d’accord pour mieux encadrer le dispositif.
Pour rappel, les comptes de l’Unédic (organisme paritaire qui gère l’assurance-chômage) sont excédentaires ces dernières années. Ils ne sont passés dans le rouge qu’en 2025 (-100 millions d’euros) et à cause des ponctions réalisées par l’Etat pour financer son propre budget (3,35 milliards d’euros l’année dernière, 4,1 milliards en 2026 pour un déficit à 1,3 milliard au final). Ces ponctions poussent l’exécutif à vouloir durcir le régime, pour pouvoir continuer à piocher dans les caisses du régime.
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